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L’athleisure : une nouvelle mode pour citadins ou une véritable tenue sportive ?

Leggings de compression noirs, soutien-gorge de sport élégant, paire de Nike Zoom Flyon, mais pas de tapis de yoga en vue. À la place : une file d’attente au café du coin, une notification Slack sur un ordinateur portable, une story Instagram taguée chez le coiffeur. Bienvenue dans l’ère de l’athleisure : un mot-valise combinant « athletic » (athlétique) et « leisure » (loisirs), et l’uniforme d’une génération toujours en mouvement. Il s’agit d’un mouvement de mode et d’un phénomène culturel qui allie la discipline du sport à la douceur des loisirs. En substance : s’habiller comme si l’on courait un marathon, alors que l’on bouge à peine. Si le GORPCORE nous habillait pour un fantasme de nature sauvage, l’athleisure nous habille pour l’illusion de la performance. Les joggings comme déclarations d’engagement. Les sweats à capuche comme bannières d’une vie active. Mais la vérité ? Nous sommes plus sédentaires que jamais. 

L’ère du sport-loisir

Bouger en pensée, stagner en action  Selon les dernières données de l’OMS, 81 % des adolescents âgés de 11 à 17 ans sont physiquement inactifs. Et la tendance est encore plus marquée chez les filles (84 % contre 78 % pour les garçons). Et pourtant, sur le bitume urbain : des leggings gainants, des baskets à semelles techniques, des vestes waterproof respirantes. Partout. Même sur les podiums. Bien qu’elles ne voient jamais l’ombre d’un tapis de course, ces tenues suggèrent que nous pourrions y aller. Un jour. Si l’envie nous prend. Vraiment.

L’esthétique du faux-mouvement

L’athleisure est un mirage générationnel. Une manière de clamer haut et fort des intentions louables – bien-être, énergie, équilibre – dans une époque qui peine à les incarner. Ces vêtements mentent pour nous. Le jogging devient costume. Le crop-top, armure molletonnée. Et ce n’est pas qu’une affaire d’ados. Chez les trentenaires et quadragénaires, cela devient une philosophie de vie : « Je peux enchaîner une visio, un 5 km, et un apéro – sans changer de tenue. »

Du tapis de sport au tapis de coworking

Autrefois, la salle de sport avait son propre vestiaire. Aujourd’hui, les marques ont flouté les frontières. Nike, Adidas, Reebok, Puma – rejoints par des labels comme Lululemon, Alo Yoga, Vuori – ont injecté du lifestyle dans la technique. L’activewear n’est plus fonctionnelle : elle est aspirationnelle. Et souvent, luxueuse. Les collaborations (Y-3, Ivy Park x Adidas, Aimé Leon Dore x New Balance) redéfinissent le survêtement. Les sneakers deviennent objets totémiques. Même les maisons de luxe s’y mettent : joggings XXXL chez Balenciaga, sneakers Dior à semelles ultratech, revival rétro-sport chez Gucci. Résultat : un vestiaire extensible, confortable, fluide – fait pour tout… sauf transpirer.

Les baskets, reines du bitume

Symbole suprême de la bascule : la sneaker. Autrefois rebelle, désormais omniprésente des brunchs aux salles de réunion. Les modèles running haute-performance (Nike Vaporfly, Hoka, On Running) ornent les pieds de gens qui courent uniquement après le métro. Semelles carbone, amortis techniques, tiges ultra-respirantes… pour arpenter les rayons de Whole Foods. Les semelles Vibram et les mousses EVA – pensées pour l’altitude – foulent les open spaces. Côté féminin, la sneaker construit une silhouette athlétique imaginaire. Forte, profilée, dynamique. Même à l’arrêt.

Délire collectif ou moteur discret ?

Malgré ses contradictions, l’athleisure transporte une forme d’optimisme tranquille. Il suggère la santé, l’équilibre, le mouvement – même si ce n’est qu’un symbole. Et parfois, il inspire vraiment. Chez les adultes, la pratique sportive progresse doucement. Dans ce cas, l’athleisure reflète un rythme réel. Un corps qui circule entre sport, travail et vie sociale. Yoga à 7h. Tableur à midi. Verre à 19h. Tout ça, en leggings thermocollés. Un corps nouveau : structuré, souple, prêt L’athleisure incarne un paradoxe contemporain : protéger son corps (par des textiles techniques, des couches déperlantes, des coupes ergonomiques) tout en projetant un futur fantasmé de bien-être. Il réconforte. Il structure. Il valorise. Il permet d’exprimer sans transpirer, d’affirmer sans affronter. Il est modulaire, inclusif, genderless. Il s’adapte. Dans un monde liquide, l’adaptabilité textile n’est plus un bonus. C’est une philosophie de survie douce. Quelle suite pour l’athleisure ? Pas de ralentissement en vue. Juste des mutations :
• Plus technique : cachemire stretch, fibres intelligentes, matériaux recyclés.
• Plus sobre : moins de logos, plus de toucher.
• Plus unisexe : la frontière des genres s’efface sous l’élasthanne.

Ce qui compte, ce n’est plus la marque, c’est la sensation, la versatilité, la manière dont le vêtement s’intègre à la vie.

Dernière ligne droite : fantasme ou fonction ?

Comme le GORPCORE, l’athleisure est un miroir. Il reflète une époque obsédée par l’optimisation, qui mime le mouvement en pleine immobilité. Nos habits deviennent des projections portables : corps en devenir, identités en suspens. Et peut-être que c’est là tout l’intérêt. Alors que les frontières entre maison et bureau, en ligne et réel, explosent, l’athleisure nous offre une nouvelle grammaire textile. Une manière de dire : « Je suis prêt. Pour tout. Ou pour rien. » Le confort est devenu un nouveau luxe silencieux. Un statut. Un état d’esprit. Un uniforme… pour ceux qui courent sans bouger.

 

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